Thélyphron, l'homme aux oreilles et au nez en cire

Publié le par died.star

Nécromancie
Au cours d'un banquet, Thélyphron, 'couché à l'écart dans un coin', raconte l'histoire incroyable qu'il a vécue...
Déjà le cortège funèbre s'était mis en route suivant l'usage ancestral... Les funérailles publiques traversaient le forum. Arrive ... un vieillard : "Par votre piété, dit-il, Citoyens, par la piété publique, portez secours à un citoyen assassiné et vengez sévèrement le dernier des crimes commis par une infame scélérate ! C'est elle, en effet, et personne d'autre, qui a empoisonné ce malheureux jeune homme, mon neveu, pour plaire à un amant et s'emparer de l'héritage."
Les gens réclament du feu, cherchent des pierres, excitent les gamins à tuer la femme. Avec des larmes préparées pour la circonstance, elle adjurait toutes les divinités et rejetait l'accusation d'un tel crime. "Eh bien soit, reprit le vieillard, laissons la divine providence trancher la vérité ! Voilà Zatchlas, un devin égyptien : Il s'est engagé pour une forte prime à ramener pour un moment des Enfers l'esprit du mort et à le rappeler de la mort à la vie." Sur ces mots, il fit avancer au milieu de l'assistance un jeune homme vêtu d'une tunique en lin, chaussé de sandales en corde de palmier et au crâne complètement rasé...
Le devin plaça une herbe minuscule sur le visage du mort et une autre sur sa poitrine... Perché sur une pierre plus élevée, j'observais tout avec des yeux curieux. Déjà la poitrine se soulevait, déjà les veines battaient, déjà la vie envahissait le corps ! Le corps du jeune homme se redressa et dit : "Pourquoi, je vous en prie, me rappelez-vous aux soucis d'une vie éphémère, quand j'ai déjà bu les coupes du Léthè et que je nage déjà dans les marais du Styx ? Cessez donc, je vous en prie, et laissez-moi à mon repos !"
Voilà les paroles que fit entendre le cadavre, mais le devin ajouta : "Raconte plutôt au peuple les circonstances en détail et fais la lumière sur les secrets de ta mort !" De son lit il commença : "J'ai été emporté par les artifices de celle que je venais d'épouser : Elle m'a destiné à une coupe fatale... Je donnerai, ajouta-t-il, je vous donnerai des preuves de véracité évidentes et je dévoilerai ce que personne d'autre ne connaît." Alors me désignant du doigt : "En effet, quand le très scrupuleux gardien de mon corps me veillait attentivement, de vieilles sorcières menacèrent mon cadavre; [...] elles plongèrent ce gardien dans un profond sommeil et ne cessèrent d'appeler mon nom... Or notre homme, bien vivant, mais dans son sommeil, pratiquement mort, se lève en entendant son nom - car il portait le même nom que moi - et marche spontanément comme un fantôme inanimé! Par un trou, elles lui coupèrent d'abord le nez, puis les oreilles et il servit de victime de substitution à ma place. Afin de faire disparaître les traces de leur supercherie, elles façonnèrent des oreilles en cire sur le modèle de celles qu'elles avaient coupées et les lui appliquèrent; elles firent de même pour le nez."
Terrifié par ces paroles, je m'approchai pour vérifier mon aspect. En tendant la main, je saisis mon nez : il se détache ! Je tâte mes oreilles : elles tombent ! Toute l'assistance me montre du doigt, le rire jaillit; quant à moi, ruisselant d'une sueur froide, je m'enfuis entre les jambes des badauds.

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